Délirium très mince...
Les auditions de la commission d'enquête parlementaire sur le procès d'Outreau posent la question de l'organisation de la justice. Hier, beaucoup de commentateurs tenaient parler de la réforme du "juge d'instruction". J'ai tendance à penser que l'on oublie des acteurs cruciaux dans le domaine : "les avocats".
Chargés de la défense des prévenus, ils sont là pour garantir le respect des droits de leurs clients. A ce titre, ils doivent garder, vis à vis des juges, une liberté de parole et d'action, bien entendu, dans les limites du respect du à la fonction. Sur le cas d'espèce d'Outreau, je me pose toujours la question suivante : si l'instruction menée par le juge Burgaud était réalisée dans le mépris des droits de la défense, qu'est ce qui empêchait les avocats de faire une démarche auprès du Président de la Juridiction pour faire part de ces manquements ?
Mon père était avocat. J'ai passé quelques uns des mes mercredis d'enfance dans les prétoires (avant d'aller manger du jambon chez Jeannot). Je me souviens toujours d'une audience de Tribunal Correctionnel, où il y avait plus d'une vingtaine d'affaires à passer. Le juge, qui présidait la scéance, était soucieux de conserver son "timing", ses deux assesseurs suivaient son train d'enfer sans mot dire, les avocats étaient invités à faire court dans leur plaidoirie. Son tour venu, mon père avait à peine commencé à décrire le cas qu'il avait à défendre, que le Président regardait déjà sa montre. Là, dans un effet de manche grandiose, avec sa grosse voix, il se tourna vers lui : " Les quelques minutes que je vais vous prendre ne sont rien devant le temps que vous pourriez prendre à mon client, si vous l'envoyez injustement en prison ! ". Décontenancé, le Président bredouilla : "Si tout le monde faisait comme vous, nous y serons encore demain...". Et mon père de répondre : "Mais, j'espère que tout le monde fera comme moi ! "