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Délirium très mince...

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Légende des Cycles (2)

En 1962, dans les Pyrénées, Jacques Anquetil doit subir les assauts du belge Planckaert dans l'étape de Luchon. Après avoir lâché Anquetil, Le coureur flamand croit avoir partie gagnée. C'est sans compter avec le fabuleux espagnol Bahamontes, l'Aigle de Tolède, qui vient coiffer tout le monde avec sa classe légendaire.

Antoine Blondin raconte cette bataille épique à la manière de Victor Hugo, tant cet étape ressemblait à un épisode de "la Légendes de Cycles"…

L'Aigle du casque

  • …Jaillis du bas-Luchon, ils se font la valise,
  • Anquetil effarant monte le col en prise
  • Devant Planckaert qui tangue au rythme d'un pendule.
  • La poursuite s'acharne et, plus qu'auparavant,
  • Forcenée, à travers les arbres et le vent,
  • Fait peur aux têtes blêmes et donne le vertige
  • Aux sapins sur les monts, aux motards en voltige,
  • A ces peuples massés dans la brume glacée,
  • Dont l'angoisse ne connaît plus qu'un cri : "Assez!"
  • Anquetil est superbe et Planckaert est sublime,
  • On voudrait le combat sans bourreau ni victime,
  • Le gibier sans chasseur et le chasseur sans cible :
  • Ce genre d'utopie plaît aux âmes sensibles.
  • Mais la montagne est là, comme les montagnards,
  • Et la pente aux jarrets plante mille poignards,
  • Elle s'élève encore. Plus que jamais fuyant,
  • L'enfant prodige court devant l'ogre effrayant…
  • … Ce fut, passé la ligne, et à Superbagnères,
  • Qu'Anquetil déposa sa superbe bannière
  • Et consentit à sombrer, le pavillon haut.
  • Cependant que Planckaert, dans un dernier sursaut,
  • Tranchait la tête du classement général
  • A son profit. L'enfant vaincu n'eut pas un râle.
  • Il tomba de vélo, heureux, lucide et las
  • Et tendit deux mains confiantes. Hélas !
  • Le monstre avait déjà revêtu la tunique
  • Eclatante et riait par un miracle unique.
  • Ainsi rit dans son antre infâme la tarasque,
  • Oubliant l'aigle immense accroché à ses basques.
  • Ce n'est jamais en vain que l'on appelle à l'aide
  • Un aigle, surtout si c'est l'Aigle de Tolède.
  • Bahamontes alors, dont le vol souverain
  • Réduit un col au rang obscur de souterrain,
  • Et qui, calme, immobile et sombre, l'observait,
  • Cria : "Cieux nuageux, montagne que revêt
  • L'innocente ferveur des foules innombrables,
  • O gaves, ô forêts, cèdres, sapins, érables,
  • Je vous prends à témoin, vous aussi, mon beau chêne,
  • Que Planckaert torture ses pignons et sa chaînes
  • Et il est monteur comme un arracheur de dents!"
  • Cela dit, l'Aigle, en quelques mouvements ardents,
  • Avant de s'envoler, terrible, vers la nue
  • Aveugle l'ogre belge et lui met dans la vue
  • Une minute vingt secondes et des poussières.
  • Voici donc, à Luchon, ce qu'il s'est passé hier :
  • Anquetil vengé par un grimpeur ailé.
  • Ah ! ne disons jamais que le grimpeur est laid !
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