Délirium très mince...
L'impôt est en France un sujet fascinant. Il constitue un bel exemple de la schyzophrénie française, qui consiste à demander plus à l'état, mais à vouloir ne pas payer l'impôt. N'oublions pas également que l'un des moteurs de la révolution de 1789, outre l'esprit des lumières, est le mécontentement général de la population vis à vis des contributions directes ou indirectes.
Hyppolyte Taine dans "les origines de la france comptemporaine" cite un cahier de doléances : " je suis misérable, parce qu'on me prend trop. On me prend trop, parce qu'on ne prend pas assez aux privilégiés. (...)Quand, sur mon revenu de 100 francs, j'ai donné 53 francs et au delà au collecteur, il faut que j'en donne plus de 14 au seigneur et plus 14 pour la dîme, et, sur les 18 ou 19 francs qui me restent, je dois en outre satisfaire le rat de cave et le gabelou. A moi seul, pauvre homme, je paye deux gouvernements : l'un ancien, local, qui aujourd'hui est absent, inutile, incommode et humiliant, et n'agit plus que par ses gênes, ses passe-droits et taxes ; l'autre, récent, central, partout présent, qui, se chargeant seul de tous les services, a des besoins immenses et retombe sur mes maigres épaules de tout son énorme poids."
La situation actuelle diffère sur un point, c'est l'état central qui part à vau-l'eau, tandis que ce sont les collectivités locales qui assument de plus en plus de charges. La question est de savoir quels sont les privilégiés ? ceux qui ne payent pas l'impôt ? j'en doute... à part ceux qui ont les moyens de s'exiler dans des paradis fiscaux.
Si, en 1789, la situation était inacceptable car une partie de la population était exempte d'impôt du fait de privilèges dépassés. De nos jours, il est clair qu'une situation de déséquilibre est en train de se créer entre les produits du travail et les produits de la finance (quelle soit mobilière ou immobilière). L'inconvénient quand on veut s'attaquer à la finance, c'est qu'elle est volatile, un peu comme le samouraï de "Brazil".
Incidemment, il est amusant de constater comment certaines figures de réthorique utilisées dans le cahier, sont actuellement reprises pour justifier certaines idées de réformes...